Nous étions finalement 17 à retrouver Sylvie sur le parking du CNC à Bois d’Arcy.
Le CNC (Centre National du Cinéma et de l’Image Animée) a pour vocation de restaurer, numériser et valoriser le patrimoine cinématographique. Le site de Bois d’Arcy abrite la Direction du Patrimoine Cinématographie avec plus d’un million de boîtes de films pour près de 140 000 films : tout un pan de la mémoire du 7ème art y est rassemblé, inventorié et choyé.
Nous sommes accueillis par Mme Béatrice de Pastre, directrice adjointe du site et conservatrice. La visite commence par l’explication de ce lieu insolite d’une superficie de 5,25 hectares : une batterie fortifiée construite entre 1874 et 1878 après la guerre de 1870. Pour protéger Paris d’une invasion des Prussiens, une deuxième ceinture dite « Séré de Rivières » (du nom d’un ingénieur militaire) constituée de 18 fortifications, 5 redoutes et 34 batteries dont celle de Bois d’Arcy, est construite à 20km de Paris. Les évolutions de l’artillerie rendront rapidement ce type de fortification obsolète… Elle sera occupée pendant la Seconde Guerre mondiale par l’armée allemande qui en fera un centre important de communication. Avant de partir, elle fera sauter la façade de la caserne.
Dans les années 1960, le site sera mis à la disposition du ministère des Affaires Culturelles. En 1969, le CNC en prendra la responsabilité et y installera les Archives Françaises du Film, lui conférant ainsi une vocation patrimoniale et culturelle. La batterie sera classée monument historique en 1991.
Nous poursuivons la visite en entrant dans un des trois magasins de conservation, sorte de grand bâtiment moderne sur plusieurs étages, où sont stockés les films dits sécurisés (safety) dans des conditions optimales de température (entre 10 et 12°C) et d’hygrométrie (entre 35 et 45%). Les films sont rangés par formats de boîtes empilées à plat sur des centaines de rayonnages. Les explications et l’histoire du CNC sont fluides et nous permettent de comprendre le bienfondé de ces installations spécifiques.
Puis nous vagabondons dans les fossés d’enceinte devant les deux autres magasins de conservation et pénétrons à l’intérieur des souterrains et de la caponnière, point stratégique de la défense de la batterie. Nous pouvons suivre l’évolution du site et le travail du personnel à travers un parcours iconographique.
Nous poursuivons notre parcours par la visite d’une des 233 cellules aménagées dans le fossé de l’ancienne batterie qui abritent les pellicules nitrates (ou films flammes), matière chimique hautement inflammable et toxique dont l’utilisation a été interdite à partir de 1953. Ces films sont donc stockés dans des petites cellules individuelles pouvant contenir jusqu’à 1 500 boîtes au maximum dans des conditions encore plus drastiques en termes de température (12°C) et d’hygrométrie (entre 40 et 55%). Ce support étant particulièrement fragile et hautement inflammable, une surveillance accrue par les pompiers est prévue toutes les 4 heures.
Puis nous assistons dans la salle de cinéma du site à une projection de petits courts métrages sur le thème du Bicentenaire de la Photographie cette année.
Visite du patrimoine qui sort de l’ordinaire, nous étions tous ravis et nous avons appris aussi, grâce à deux techniciens, comment les bobines arrivées dans leur service étaient investiguées : étiquette sur la boite, recherche dans des catalogues de la provenance et de la datation du film, type de support, générique, longueur, état de la pellicule et traitement à envisager, etc… un vrai travail d’enquêteur.
Merci à Sylvie qui a organisé cette visite.
